À la conquête
du bonheur
Comment faire comprendre à William
que j’en avais plus qu’assez de son autorité abusive ?
Mon mari ne tolérait aucune réplique. Il nous fallait
obéir à la lettre et sans discussion sans quoi nous subissions
sa colère. Dans ces moments intenses, il ne se souciait guère
de nos états d’âme.
Un jour, inconsciemment Marc Olivier,
notre fils de quatre ans à peine, avait déclenché cette
colère. Nous étions sur le point de partir faire des
emplettes. Pour cette raison, son père lui avait interdit de
sortir son vélo. Avec l’entêtement des enfants de
cet âge, se hasardant, Marc Olivier répliqua :
- Je vais le prendre quand même.
Le souffle coupé par l’audace
de mon fils, je me retournai pour évaluer l’effet que
ces paroles avaient eu sur William. Je n’eue que le temps de
m’interposer entre eux. Je reçus le coup destiné à Marc
Olivier et perdis l’équilibre. De mon bras, j’heurtai
la table et me démis l’épaule. Rien de très
grave, mais je ne pouvais m’empêcher de songer à ce
qui aurait pu se produire si je n’avais pas réagis assez
rapidement. Certes mon mari avait regretté son geste. Il ne
nous voulait aucun mal, mais ne pouvait contenir sa colère. À ce
jour, William n’avait jamais levé la main sur son fils
se contentant d’élever la voix. Mais aujourd’hui,
son geste avait été instantané. Atterré,
il s’effondra sur une chaise en secouant la tête, incapable
d’analyser cet excès de rage.
Ce n’était pas la première
fois que j’essuyais ses colères, mais j’avais appris à me
taire et obéir afin de les éviter. Elles se faisaient
plus rare et je lui pardonnais chaque fois que cela ce produisait.
Je n’en pensais pas moins qu’il abusait de son autorité.
Mon erreur avait été d’accepter ce fait. Dorénavant,
Marc Olivier risquait d’en subir les conséquences. Tout
mon être se rebellait à cette idée. L’incident
avait éveillé en moi la combativité d’une
mère. J’osai l’affronter.
- Ne t’avise plus de lever la main
sur notre fils William. Je ne le supporterai pas !
- Pardon, je ne sais pas ce qui m’a
pris.
Il voulu serrer Marc Olivier dans ses
bras, mais celui-ci se blotti contre ma jambe, pleurant toujours.
- Laisse-le, il a peur !
Je pris le petit dans mes bras et courus
me réfugier dans sa chambre.
Six mois s’étaient écoulés.
Depuis cet incident, mon mari ne s’était emporté qu’à quelques
reprises, sans jamais lever la main sur moi ou Marc Olivier. Il se
contentait d’hurler sa colère. Craintive, je restais tout
de même sur mes gardes.
Voilà que ce matin, tout venait
de basculer.
William adorait jouer avec son fils. Lorsque
rien ne le contrariait, il était plutôt rieur et taquin.
Tout en récurant les casseroles, mine de rien, je surveillais
leurs jeux par la fenêtre de la cuisine. Ils s’amusaient
tellement tous les deux que je ne pouvais m’empêcher de
rire aussi. Le dernier coup de torchon passé, je décidai
de préparer un breuvage que je servirais à l’extérieur.
J’avais bien mérité un petit moment de détente
avec ma famille. Je tournai le dos à la fenêtre pour prendre
des glaçons dans le réfrigérateur. C’est
alors que j’entendis hurler mon mari à pleins poumons.
Je connaissais trop William pour que ses
cris me laissent indifférente. Les battements de mon cœur
s’accélérèrent comme toujours dans ces moments-là.
Je tentai de me rassurer, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter,
mon mari n’avait plus levé la main sur nous depuis six
mois.
Le calme était revenu. Je ne pus
résister à l’envi de jeter un coup d’œil
par la fenêtre. Au même instant, William me cria d’appeler
une ambulance. Je m’exécutai sur le champ après
quoi je courus à l’extérieur.
- Marc Olivier, mon bébé !
Marc Olivier ! William, qu’est-ce que tu as fait ?
Mon fils gisait sur le sol, inconscient.
Sa tête saignait abondamment et la position de son bras droit
avait quelque chose d’insolite.
- Je ne l’ai pas fait exprès
Miranda ! Je te jure, il ne voulait pas comprendre que nous avions
assez joué et que j’avais autre chose à faire.
J’ai juste voulu le repousser pour qu’il lâche mon
bras. Il n’accepte jamais lorsque c’est terminé !
- Tais-toi William ! Rien ne pourra
jamais justifier ta brusquerie !
Il se mit à pleurer de dépit,
mais cette fois, je l’ignorai totalement pour me concentrer sur
Marc Olivier qui reprenait conscience. Après un moment d’égarement,
mon fils voulu se relever mais la douleur lui tira un hurlement à fendre
l’âme. Je l’incitai à ne pas bouger et tentai
de le consoler du mieux que je pus. Dès leur arrivée,
les ambulanciers le prirent en charge. Ils l’installèrent
sur une civière avec précautions et l’immobilisèrent
avec des courroies tout en lui parlant calmement pour le rassurer.
Lorsque mon fils fut bien ancré dans
l’ambulance, on m’invita à monter pour l’accompagner.
Ma présence serait bénéfique pour le petit, me
dit le plus âgé qui semblait avoir pris le contrôle
de l’opération.
Une seule personne pouvait accompagner
le patient et il invita William à nous retrouver à l’hôpital.
Mais je m’y opposai.
- Toi, tu restes là, je te téléphonerai.
- Pas question Miranda, je tiens à l’accompagner !
- Je ne veux pas de toi à ses côtés
pour le moment, tu ne ferais que l’énerver d’avantage.
Reste là je te dis.
Peu habitué à ce que je
lui tienne tête, William décela immédiatement ma
détermination. Il embrassa son fils et nous regarda partir les épaules
courbées sous le poids de sa culpabilité.
D’abord surpris, l’ambulancier
finit par se faire une petite idée de la situation et n’insista
pas.
Assise dans la salle d’attente depuis
un bon moment, je commençais à m’impatienter lorsque
le médecin sortit enfin de la salle d’opération.
Incapable de prononcer un mot tant la peur m’étreignait,
je le regardai s’approcher de moi, priant de toute mes forces.
- Allons, allons madame Beauchamp !
Ce n’est pas la peine de vous inquiéter, le petit va bien.
On lui a fait quelques points de suture à la tête. Le
plus difficile a été de lui remettre le bras en place.
Mais ça va maintenant. Il en aura pour quelque temps à se
remettre, mais il n’en gardera aucune séquelle.
- Merci docteur ! Puis-je le voir
maintenant ?
- Dans quelques minutes. Lorsqu’il
est arrivé, son bras était assez mal en point et on a
dû l’endormir pour le replacer. C’est une opération
assez douloureuse et surtout traumatisante pour un enfant de cet âge.
Nous allons le garder pour la nuit, mais dès qu’il sera
installé dans sa chambre, vous pourrez le voir.
- Est-ce que je pourrai rester à ses
côtés pour la nuit ?
- Ce n’est pas nécessaire,
mais je comprends votre inquiétude et si vous y tenez, je n’y
vois pas d’inconvénient. Tout compte fait, le petit ne
s’en sentira que mieux. En attendant que vous puissiez le voir,
j’aimerais que vous me parliez de l’accident. Il nous a
dit qu’il était tombé de vélo, mais une
telle blessure au bras est rarement due à une simple chute de
vélo. Que c’est-il passé au juste ?
- En fait, je n’ai rien vu. Je préparais
un breuvage lorsque l’accident c’est produit.
J’ai regardé par la fenêtre
et vu que mon mari était penché sur notre fils inconscient
et lui parlait doucement.
- Je comprends. Je vais voir si votre
fils est dans sa chambre et je reviens vous prévenir d’accord ?
- D’accord !
Il était vrai que je n’avais
rien vu, mais je savais ce qui c’était passé et
je m’en voulais de protéger William, mais je ne pouvais
me résoudre à l’accuser ouvertement.
Quelques minutes plus tard lorsque le
docteur Dale me fit entrer dans la chambre occupée par Marc
Olivier, je ne pus retenir un sanglot. Sa tête bandée
et son bras plâtré éveillèrent à nouveau
mon instinct maternel. Il semblait si vulnérable allongé dans
ces draps blancs. Si je ne pouvais le protéger, qui donc le
pourrait ?
La nuit d’angoisse que je passai à l’hôpital
auprès de mon fils me fit réellement prendre conscience
de mes responsabilités vis-à-vis de Marc Olivier. Je
devais l’éloigner de William afin d’assurer sa sécurité.
Ma décision fut prise.
Lorsque le docteur Dale m’autorisa à ramener
mon fils, je le conduisis directement chez mes parents et demandai à mon
père de m’accompagner à la maison pour y prendre
des vêtements pour moi et Marc Olivier ainsi que quelques effets
personnels et des jouets.
Mes parents ne posèrent aucune
question. Ils avaient déjà assisté à quelques
scènes pimentées dont William avait le secret. Cependant,
celui-ci n’avait jamais levé la main sur nous devant qui
que se soit et mes parents, soucieux de ne pas se mêler de mes
affaires avaient préféré ne pas intervenir. Papa
se contentait de me rappeler que leur porte me serait toujours ouverte
et me priait de ne pas hésiter si la situation s’aggravait.
Je leur cachais les violences corporelles dont William me gratifiait
dans l’espoir que tout finirait par rentrer dans l’ordre.
J’avais tors et aujourd’hui, je le regrettais amèrement.
C’est ainsi que je me retrouvai
dans la chambre que j’avais occupée jusqu’à mes
vingt ans. Mon frère étant marié depuis peu, sa
chambre fut allouée à Marc Olivier qui l’occuperait
dès sa sortie de l’hôpital. Le docteur Dale préférait
le garder sous surveillance quelques temps. Je n’avais pas réussi à le
duper avec mes explications concernant l’accident. Lorsque mon
père me ramena à l’hôpital, j’eus la
surprise de trouver une assistante sociale aux chevets de mon fils. À ce
moment précis, je compris que je ne désirais plus couvrir
William. Marc Olivier comptait plus que tout au monde pour moi et c’est
lui que je protégerais désormais.
Je racontai tout à Madame Beauvais.
De la première colère de mon mari à mon retour
auprès de mes parents en passant par l’espoir que j’avais
de rentrer chez moi un jour prochain.
Trois jours plus tard, Marc Olivier fut
autorisé à quitter l’hôpital. Tout en l’habillant,
je lui expliquai que nous allions passer quelque temps chez ses grands-parents.
- Est-ce que papa vient avec nous ?
- Non mon Chou, papa a besoin d’un
peu de repos.
- Je suis bien content d’aller chez
grand-maman. Papa est méchant !
- Mais non Chéri, papa n’est
pas méchant, il est moins patient parce qu’il est fatigué.
Sais-tu qu’il t’aime très fort toi
William téléphonait tous
les jours chez mes parents pour prendre de nos nouvelles. Il demandait
pardon et me suppliait de revenir à la maison avec notre fils.
Je n’étais pas prête. J’avais eu trop peur
pour Marc Olivier.
L’assistante sociale, Madame Beauvais
nous rendait visite régulièrement pour s’assurer
que tout allait bien. Je lui fis part du désir de William de
nous voir revenir à la maison et lui avouai que j’étais
indécise. J’aimais toujours mon mari mais désormais,
je craignais ses colères.
- Bien entendu Miranda, personne ne peut
vous empêcher de réintégrer votre foyer avec le
petit. Je dois tout de même vous mettre en garde. Au moindre
mauvais traitement infligé à Marc Olivier, celui-ci sera
placé en foyer d’accueil pour sa propre sécurité et
y restera tant que vous demeurerez avec votre mari. Soyez donc certaine
que votre fils ne risquera rien. Pour quelque temps, je continuerai
mes visites sans préavis.
- Je comprends. C’est trop tôt,
je vais attendre encore un peu.
- Sage décision ! Nous pourrions
l’autoriser à vous voir les samedis et dimanches pour
commencer et étudier son comportement. Qu’en dites-vous ?
- C’est une excellente idée !
Je vais lui téléphoner.
- N’en faites rien, je vais le convoquer à mon
bureau. Il est primordial que votre mari réalise que vous êtes
bien épaulés et qu’il sera surveillé. Je
lui transmettrai les heures de visite et les conditions ainsi que les
sanctions prévues en cas de récidive.
- D’accord !
William nous rendit donc visite le samedi
suivant. Marc Olivier fit mine de ne pas remarquer la présence
de son père et continua à regarder ses dessins animés.
Je vis la douleur dans le regard de mon mari. Autant pour atténuer
sa souffrance que pour rassurer mon fils, j’entamai la conversation
d’un ton jovial.
Nous discutions de tout et de rien depuis
environ une heure lorsque William m’appris qu’un cirque était
de passage en ville et proposa de nous y amener le lendemain. Marc
Olivier feignait de ne rien entendre, mais pris son camion et le fit
rouler lentement en direction de son père puis monta le long
de sa jambe et s’installa sur les genoux de William afin de poursuivre
sa course jusque sur le torse et la tête de celui-ci. Les larmes
aux yeux, le père enlaça le fils qui se blottit contre
sa poitrine. La glace était cassée. Marc Olivier traîna
son papa jusqu’à sa chambre pour lui montrer les nouveaux
jouets que lui avait offert son oncle et son grand-père.
Le lendemain la journée passa trop
rapidement. Le cirque avait beaucoup amusé Marc Olivier. Après
le spectacle, nous l’avions amené dans les manèges
puis nous avions pique-niqué sur place. Il était épuisé lorsque
je le mis au lit. Vers dix heures, William déposa un baiser
sur mes lèvres et pris congé aussitôt. Je restai
là devant la porte, le cœur battant et me demandant ce
que je faisais chez mes parents.
Revoir William avait éveillé en
moi tout l’amour que je lui portais. Le jeudi soir, n’y
tenant plus, j’attendis que mon fils s’endorme et demandai à mon
père de me prêter son automobile. Il me tendit ses clés
un petit sourire complice aux lèvres. Il devinait toujours tout.
C’est ainsi que je pris l’habitude
de rejoindre William le soir lorsque notre fils dormait. Le lendemain
je revenais assez tôt pour embrasser Marc Olivier à son
réveil.
Le temps passait et William, sur le conseil
de madame Beauvais, voyait régulièrement un psychologue
et apprenait à discuter plutôt que de se mettre en colère.
Nous étions plus détendus qu’auparavant. Le calme
régnait sur nos vies. Mon mari insistait pour que nous reprenions
la vie commune et j’avais bien envie d’accepter. J’en
parlai à madame Beauvais qui n’émit aucune objection.
- En avez-vous parlé avec votre
fils ?
- Pas encore, mais je ne crois pas qu’il
y aura de problème. Il m’a déjà demandé à quelques
reprises si nous pouvions retourner à la maison.
- Vous avez mon numéro de cellulaire,
s’il y a quoi que se soit qui ne va pas, n’hésitez
pas à m’appeler jour et nuit.
- Merci pour tout !
Mon fils sauta de joie lorsque je lui
appris la nouvelle. Mes parents furent heureux de notre réconciliation
et à l’instar de madame Beauvais, me prièrent de
téléphoner en cas d’urgence.
Marc Olivier grandissait entre ses parents. Âgé maintenant
de neuf ans, il semblait calme et serein. J’étais très
fière de mon fils. Puis un jour, regardant pas la fenêtre,
je le vis revenir de l’école avec des copains. Ils étaient
trois à peu près du même âge et le petit
frère de l’un d’eux qui devait avoir environ six
ans. Celui-ci, persuadé de détenir la vérité lança
tout de go :
- On ne peut pas venir jouer chez toi
mon frère et moi parce que mon papa dit que ton papa est un
batteur d’enfants !
Aussi cruelle et méchante que fut
la remarque, je ne pus m’empêcher de sourire en voyant
la mine comique qu’il fit pour accompagner ses paroles. Malheureusement,
Marc Olivier ne le pris pas du même ton et le gamin se vit asséner
un direct en pleine figure. Aussitôt, le petit se nicha contre
son frère en pleurant. Celui-ci leva le point dans le but de
défendre son frère, mais se ravisa, craintif devant le
regard noir de mon fils. J’étais furieuse que Marc Olivier
ne reçoive pas la correction qu’il méritait.
Je sortis de la maison et sans un mot,
pris le petit garçon dans mes bras en jetant un regard furieux à mon
fils. J’amenai le petit dans la maison pour lui laver la figure
et lui offrir un jus. Après quoi je décidai de le ramener
moi-même à ses parents. Le père arrivait du travail
au même moment.
- Que s’est-il passé ?
- Le petit a dit une parole malheureuse
qui a mis Marc Olivier en rogne. Je suis venu excuser mon fils.
- Décidément, tel père
tel fils !
- On ne peut trouver plus obtus que vous
monsieur ! Vous devriez mesurer vos paroles devant les enfants, ça
leur éviterait des problèmes.
- Que voulez-vous dire par là ?
Mais j’avais déjà tourné le
dos et décidai de l’ignorer. Il n’avait qu’à poser
la question à ses fils. En entrant dans la cuisine, je vis Marc
Olivier assis sur une chaise. Je reconnaissais cette posture, c’était
la même que prenait son père lorsqu’il regrettait
son geste.
- Je ne suis pas très fière
de toi en ce moment Marc Olivier.
- Je n’ai pas voulu le frapper maman.
C’était plus fort que moi, il a insulté papa.
- Le petit n’a fait que répéter
ce qu’il a entendu. C’est plutôt son père
qui est à blâmer. Tu aurais pu simplement expliquer à ce
gamin que ces paroles étaient méchantes et qu’il
ne devrait pas les répéter. La prochaine fois, réfléchit
avant d’agir.
- D’accord ! Je te demande
pardon maman !
Sur ce, il s’enferma dans la salle
de jeux et n’en ressortit que pour le souper. Il avait retrouvé son
sourire. Les enfants oublient vite, mais ce n’est pas le cas
pour les adultes. C’est pourquoi cette histoire, aussi insignifiant
soit-elle, me préoccupait. Je priais pour que ce ne fût
qu’un cas isolé qui ne se reproduirait plus. Les semaines
suivantes se déroulèrent sans incident. Tout semblait
rentré dans l’ordre et j’en oubliai mes craintes.
Ce soir-là, alors que je finissais
de ranger le salon, mon fils se servi un grand verre de lait et vint
s’installer sur un tabouret dans un coin du salon et y resta
jusqu’à ce que j’eus terminé. Il était
d’excellente humeur et fredonnait un air populaire. Je savais
qu’il avait une idée en tête. Je pris place dans
un fauteuil et attendis quelques secondes.
- Eh bien mon grand, tu te décides ?
- Euh…
- Tu as quelque chose à me demander
je crois !
- Non euh…
Il bondit de son siège et vint
se camper devant moi.
- Maman j’aimerais aller à la
piscine avec les copains demain soir. Est-ce que je peux ?
- Marc Olivier ! Dis-je exaspérée.
Nous en avons discuté au moins dix fois ! Si tu veux te
baigner avec tes amis, il faudra t’y rendre les jours de congé,
non par les soirs.
- Mais maman !
- Il n’y a pas de mais… tu
n’iras pas le soir.
Comme il était grand et assez mature
pour son âge, les jeunes de douze, treize ans l’avaient
facilement accepté. Cela causait quelques problèmes car
ils avaient la permission de rentrer plus tard. Mais je ne pouvais
oublier que Marc Olivier n’avait pas encore dix ans.
Mon fils me fixait tristement. Soudain,
je le vis rougir de colère et, avec rage, il lança le
verre qu’il tenait toujours à la main dans ma direction.
Celui-ci vint s’écraser à mes pieds. Marc Olivier
tourna les talons et sortit de la pièce en coup de vent.
Je le suivis jusqu’à sa chambre
avec l’intention de le punir, mais il me claqua la porte au nez.
Juste comme j’ouvrais la bouche pour lui ordonner d’ouvrir,
une main se posa sur mon épaule. C’était mon père,
je ne l’avais pas entendu arriver. Il posa un doigt sur ses lèvres
et me fit signe de le suivre à l’extérieur.
- Miranda, qu’est-ce qui ne va pas ?
Je ne savais pas que Marc Olivier faisait des crises !
- C’est la deuxième fois.
Je ne sais que faire pour éviter que cela ne se reproduise.
- Racontes-moi ce qui c’est passé d’accord ?
Je lui racontai la scène en détail
ainsi que l’incident survenu quelques semaines plus tôt
alors qu’il était en compagnie de ses copains.
- Je suis tellement déçue !
Je m’inquiète parce que mes beaux-parents n’ont
jamais réussi à éviter les colères de William.
Il a fallu un psychologue pour régler le problème. D’ailleurs
William le voit toujours.
- Comment ça va avec ton mari ?
- Très bien ! Nous pouvons
discuter calmement maintenant et trouver des solutions à nos
désaccords. Il est patient avec William. Ils s’entendent à merveille.
- Parfait ! Peut-être faudra-t-il
consulter pour Marc Olivier, mais c’est trop tôt pour le
dire, deux crises ce n’est pas suffisant pour prendre une décision.
Si le problème est passager, il va se résoudre par lui-même.
Pour l’instant, il est certain que ton fils ne doit pas rester
impuni. Mais il est préférable d’attendre qu’il
se soit calmé pour ne pas envenimer les choses. Mais surtout,
si cela se reproduit, soit ferme et directe avec lui. Il est intelligent,
il comprendra qu’il ne gagnera rien à se mettre en rogne.
Est-ce qu’il donne des signes avant-coureurs ?
- Oui, je les reconnais très bien.
Je croirais voir William lorsqu’il se mettait en colère.
- Alors essaie de couper ses élans.
Tu dois réagir avant lui. Ce ne sera pas évident, mais
tu peux y arriver ! Il faut qu’il comprenne que tu n’as
pas l’intention d’accepter tous ses caprices simplement
parce qu’il pique une crise.
- Je vais essayer
- Voilà William qui arrive, je
vais le saluer et vous laisser.
- Je t’aime papa !
- Moi aussi je t’aime ! J’allais
oublier, je suis venu pour vous prier de venir dîner à la
maison samedi. Ta mère s’ennuie depuis que vous n’êtes
plus à la maison.
- D’accord, j’en parle à William.
Je téléphonerai à maman pour confirmer. Merci
papa !
Lorsqu’il partit, Marc Olivier était
détendu. Il semblait avoir tout oublié à tel point
que je me demandai pour une fraction de seconde si je n’avais
pas inventé cette histoire.
Mais le lendemain lorsqu’il me demanda
la permission d’aller faire du vélo avec ses copains,
je failli acquiescer à sa demande, mais me repris. Ce n’était
pas le moment de m’attendrir.
- Tu peux jouer dehors avec tes amis,
mais sans vélo.
- Pourquoi ? D’habitude tu
acceptes !
- Peut-être d’habitude, mais
aujourd’hui et pour quelques jours c’est non !
J’entrepris de lui expliquer clairement
ce que j’attendais de lui. Je le vis de nouveau rougir. Je pressentis
sa réaction, mais j’étais bien décidée à couper
court. Je le secouai légèrement et dis simplement :
- Pas ça !
Sa colère tomba aussitôt.
J’en fus la première surprise. Marc Olivier se laissa
choir sur une chaise, désarmé. J’avais du chagrin
d’avoir dû agir de la sorte, mais j’étais
tout de même assez satisfaite du résultat. Si j’avais
tenu tête à William dès le départ, peut-être
aurions nous pu éviter bien des problèmes et aurions-nous
moins souffert.
Les jours suivant, ma méthode s’avéra
efficace et bientôt, je n’eus plus à l’utiliser.
Marc Olivier semblait reprendre le bon chemin. Malheureusement, il
n’en était rien. Des parents commencèrent à téléphoner à la
maison pour se plaindre de la conduite de mon fils. Le directeur de
l’école qu’il fréquentait nous convoqua à son
bureau William et moi. Je n’en croyais pas mes oreilles. Est-ce
qu’il parlais bien de notre fils ? Bien sûr, il s’agissait
bien de Marc Olivier. Ses professeurs avaient perdu toute autorité sur
lui. Il frappait ses camarades à la moindre contrariété.
Il n’avait que dix ans et risquait déjà d’être
expulsé de l’école. Je promis de tenter de le raisonner.
Jusqu’alors, j’avais évité d’impliquer
William qui avait mit tant d’effort pour retrouver son équilibre.
Aujourd’hui, je réalise que c’était une erreur.
J’aurais dû lui parler des problèmes de notre fils
dès le début. William proposa de discuter seul avec son
fils. Il savait ce que ressentait Marc Olivier pour avoir vécu
le même problème. Si quelqu’un pouvait le comprendre
et l’aider c’était bien son père.
Après une longue discussion entre
père et fils, le calme revint. William passait plus de temps
avec fiston. Ils travaillaient ensemble dans l’atelier à la
fabrication d’un jeu de croquet. Marc Olivier rapportait à la
maison des « A » de conduite.
Puis un samedi, le drame arriva. J’avais
cuisiné des petits pains toute la matinée et j’étais épuisée.
Je sortis respirer un peu. L’air frais me fit du bien et je commençai à marcher
lentement. Je n’avais pas de but précis, mais malgré moi,
je me retrouvai tout près du parc. Je savais que mon fils s’y
trouvait avec ses copains. Je le repérai facilement. Il était
assis par terre, entouré de ses amis. Je ne voulais pas déranger
leur jeu et je m’assis à quelque distance d’eux
pour les regarder s’amuser quelques minutes.
Ils avaient l’intention de jouer
aux indiens et je pouvais entendre Marc Olivier distribuer les rôles,
se réservant celui de « Bison noir » le
grand chef. Ils se relevaient pour débuter le jeu lorsqu’un
gamin s’approcha de lui et dit :
- J’aime mieux être le fils
de « Bison noir ».
- Non ! J’ai dit que David
serait le fils et toi la fille.
- Je ne veux pas être une fille !
- Alors va-t-en ! On n’a pas
besoin de toi pour jouer.
- Je vais jouer et je serai le fils de « Bison
noir ». Répliqua l’autre avec entêtement.
À partir de ce moment là,
tout alla trop vite pour moi. Marc Olivier poussa violemment son camarade
qui le prit très mal et voulu riposter, mais mon fils fût
plus rapide et lui asséna un coup à la figure, ce qui
déclancha une véritable bagarre. Je n’avais pas
l’habitude de m’interposer dans les disputes d’enfants,
mais pour une fois, je décidai d’intervenir et de trancher
la question en ramenant Marc Olivier à la maison. J’étais à une
vingtaine de pieds des enfants environ quand l’Accident se produisit.
Marc Olivier, soucieux d’éviter
un mauvais coup, se servit de son coude pour repousser son compagnon.
Malheureusement, le garçon trébucha sur une grosse branche
que le vent avait dû faire tomber durant la nuit et perdit l’équilibre.
Son dos heurta le coin d’un banc de fer. Je l’entendis
hurler de douleur puis il sombra dans l’inconscience. Je me penchai
sur l’enfant étendu près du banc dans une position
inconfortable. Je n’osais pas le déplacer. Je demandai à mon
fils :
- Quel est son nom ?
N’obtenant pas de réponse,
je levai les yeux sur lui. Il était très pâle et
retenait ses larmes avec peine. J’étais trop choquée
et préoccupée par l’état de son copain pour
prendre le temps de le consoler. De plus, j’avais grande envie
de le frapper. Je lui intimai l’ordre de se rendre chez ses grands-parents
et de n’en plus bouger jusqu’à mon retour. Les enfants
inquiets, s’approchaient pour mieux voir. Une fillette se pencha
tout près de moi et me dit :
- Je sais que Marc Olivier n’a pas
fait exprès pour blesser Hugo.
- Merci ! Tu es très gentille.
Est-ce que tu veux bien courir et demander qu’on nous envoie
une ambulance ?
Mais au même moment, un policier
attiré par l’attroupement arriva. Il demanda lui-même
une ambulance. Lorsque celle-ci arriva, comme il n’y avait personne
d’autre, j’insistai pour accompagner le gamin. Le temps
que les ambulanciers installent le petit, le policier voulu savoir
comment s’était produite l’accident. Je lui racontai
ce que j’avais vu et comment je me sentais coupable de ne pas être
intervenue plus rapidement.
- Des enfants qui se bagarrent, on en
voit souvent, mais ça se termine rarement de cette façon.
C’est vraiment une malchance que cette branche se soit trouvée
là ! Dit-il pour me déculpabiliser.
Je montai dans l’ambulance qui partit
en direction de l’hôpital. Je faisais les cent pas dans
la salle d’attente lorsque je revis l’agent de police.
Sur l’ordre des ambulanciers, les enfants étaient rentrés
chez eux et le policier comptait sur moi pour obtenir des informations
concernant le petit.
- Il nous faut prévenir les parents,
mais nous ne connaissons pas son nom. Peut-être pourriez-vous
nous aider ?
- C’est la première fois
que je vois cet enfant. Je crois qu’il s’appelle Hugo,
mais c’est tout ce que je sais. Il n’est jamais venu à la
maison. Mais mon fils pourra certainement nous renseigner. L’agent
me prêta son cellulaire et je téléphonai chez mes
parents. J’eus ma mère au bout du fil.
- Miranda ! Je te cherche partout !
Nous étions inquiet ton père et moi. Marc Olivier est
arrivé en larme. Il semble malade et refuse de parler. Il n’y
a pas de problème avec William j’espère !?!
- Non maman et Marc Olivier n’est
pas malade, mais il est très bouleversé. Il vaut mieux
ne pas le questionner pour l’instant, je t’expliquerai.
Ne t’inquiète surtout pas. Pour l’instant, je dois
lui parler, c’est urgent.
Quelques minutes passèrent et je
commençais à m’impatienter quand je perçus
des sanglots dans l’appareil.
- Marc Olivier…c’est maman.
Ne pleure pas mon chéri, c’est un accident. Écoutes,
c’est important. J’ai absolument besoin du nom de ce garçon
pour prévenir ses parents. Tu peux nous aider !
- Il s’appelle Hugo Divicenzo. Je
ne suis pas certain du numéro de téléphone.
- Dis toujours !
Il me le donna et se remit à sangloter.
J’avais envie d’en faire autant, mais me retint.
- Maman, j’ai très peur !
- Je sais mon chéri. Je reviens
dès que possible. Je dois te laisser maintenant. On en reparlera
plus tard.
Je remis le cellulaire à l’agent
en lui communiquant les informations recueillies. Le numéro
de téléphone n’était pas erroné et
il obtint donc l’adresse des parents. Il pris congé immédiatement
pour aller les prévenir.
Je ne pourrais dire combien de temps s’écoula
lorsque le docteur Fritz fit son apparition dans la salle d’attente.
- Les parents ne sont toujours pas là ?
- Non, je ne…
La porte s’ouvrit à toute
volée. On pouvait s’attendre à voir un colosse,
mais ce fut une femme toute menue qui fit son entrée. Voyant
son visage délicat, ses cheveux bouclés et sa taille
mince, je crus d’abord qu’il s’agissait d’une
adolescente. Ses yeux rougis par les larmes lui donnaient l’air
d’un petit oiseau apeuré.
- Mon fils… je veux voir mon fils !
- Vous êtes madame Divicenzo ?
Lui demanda le docteur Fritz.
- Oui, comment va mon petit Hugo ?
Je veux le voir.
À cet instant une infirmière
passa la tête dans l’encadrement de la porte et réclama
le docteur Fritz.
- Restez là, je reviens !
La pauvre mère n’en pouvant
plus d’être sans nouvelle se remit à pleurer. Elle
me fit pitié et j’eus envie de la consoler. Dans un élan
de compassion, je la pris dans mes bras et tentai de l’apaiser.
Elle laissa libre cours à ses larmes un moment et réalisant
finalement qu’elle pleurait sur l’épaule d’une
inconnue, se dégagea.
- Mais… qui êtes-vous ?
- Je m’appelle Miranda. Je suis
la mère de Marc Olivier.
Visiblement, elle connaissait l’histoire
dans ses moindres détails car elle recula de quelques pas et
me fixa avec reproche. Mal à l’aise, j’aurais voulu
m’enfuir.
- Je suis vraiment désolée !
Dis-je.
J’étais à mon tour
au bord des larmes. Son regard se radoucit.
- Pardonnez-moi, vous n’êtes
pas responsable de cet accident. Je devrais même vous remercier
d’avoir porté secours à mon fils.
Cette histoire m’épuisait.
J’étais lasse et décidai de m’asseoir en
attendant le retour du docteur Fritz. J’entraînai madame
Divicenzo avec moi. J’avais repéré un distributeur à café dans
un coin de la salle d’attente et lui en offrir un. Elle me remercia
d’un faible sourire, mais ce sourire suffit à me rassurer.
Je pris place à ses côtés et hésitante,
lui pris la main pour la réconforter et lui prouver ma compassion.
Pour que le temps paraisse moins, j’engageai la conversation.
- Quelle est votre prénom ?
- Nadine. Rappelez-moi le vôtre.
- Miranda, on peut se tutoyer ?
- D’accord !
- Nadine parle-moi un peu de toi, tu sembles
si jeune pour avoir un fils de cet âge !
Elle me confia alors que, enceinte à dix-sept
ans, elle avait épousé David, le père à peine
plus âgé qu’elle. Ils se connaissaient et s’aimaient
depuis toujours. Ils savaient qu’ils allaient s’unir un
jour, mais la grossesse avait précipité les choses. Toutefois,
elle ne pouvait s’imaginer que leur union serait de si courte
durée.
Les parents des jeunes mariés leur
apportaient toute l’aide qu’ils pouvaient, mais le jeune
homme devait tout de même faire face à ses responsabilités.
Tout en poursuivant ses études, il trouva un emploi sur une
ferme. Un jour, alors qu’il bichonnait un jeune poulain de deux
ans encore farouche, un orage éclata. David, voyant le poulain
s’énerver, décida de le remettre dans sa stalle.
Juste au moment de refermer la porte, un éclair tomba tout près
accompagné d’un coup de tonnerre assourdissant. Le poulain
paniqua et rua. David reçu un coup de sabot sur la tempe qui
le tua sur le coup. Nadine était enceinte de sept mois. Leur
mariage n’avait pas duré deux mois.
Le chagrin insupportable avait provoqué un
accouchement prématuré. Le bébé avait eu
quelques difficultés au départ, mais s’était
accroché. La maman se consacrait toute entière à son
fils. Il était désormais sa seule raison de vivre.
Nadine interrompit son récit lorsqu’elle
vit le docteur Fritz franchir la porte. Elle se leva d’un bond,
tremblante.
- Madame Divicenzo veuillez me suivre à mon
bureau s’il vous plait, nous serons plus tranquilles pour discuter.
Le médecin se dirigeait vers la
porte lorsque Nadine se tourna vers moi.
- Ne me laisse pas y aller seule, j’ai
tellement peur !
J’étais heureuse qu’elle
m’y invite car j’étais aussi impatiente qu’elle
de savoir comment allait son petit Hugo. Le docteur Fritz attendit
que nous soyons installées afin d’avoir toute notre attention
puis se mit en devoir de nous expliquer la situation.
- Je tiens d’abord à vous
rassurer madame Divicenzo, la vie de votre fils n’est pas en
danger. Il a une légère commotion à la tête
ce qui est fréquent après une chute et il a probablement
tenté d’amortir le coup car son poignet droit est fêlé.
Rien de très grave jusque là. Par contre, une vertèbre
a été endommagée. Nous lui avons fait subir une
série de tests.
À l’aide de radiographies
et de schémas, le docteur Fritz nous expliqua en détails
le fonctionnement du squelette et ce qui pourrait émaner de
cette blessure.
- Bref, pour l’instant, Hugo est
paralysé des deux jambes, mais il y a de fortes possibilités
pour qu’il remarche un jour, mais la rééducation
pourrait être longue et pénible.
Nadine se remit à pleurer mais
se ressaisit assez rapidement. Malgré son jeune âge, elle
n’en était pas à sa première épreuve.
Elle arrivait tant bien que mal à y faire face. Le médecin
la laissa donner libre cours à son chagrin jusqu’à ce
qu’elle se soit calmée puis poursuivit :
- Hugo devra être bien entouré.
Les thérapies sont souvent décourageantes pour ces personnes
désirant recouvrer leur autonomie. Les progrès ne sont
jamais assez rapides pour eux.
- Quelles sont ses thérapies docteur ?
- D’abord la physiothérapie,
l’orthothérapie et la massothérapie. Ces traitements
s’accompagnent de phsychotérapie individuelle, mais aussi
de groupe. Rencontrer des jeunes de son âge qui rencontre des
difficultés analogues lui fera réaliser qu’il n’est
pas le seul. Il pourra discuter avec des patients qui vivent les mêmes
déceptions et les mêmes satisfactions lorsqu’il
y a progrès. Hugo rencontrera aussi des patients qui ont réussi à surmonter
toutes les épreuves et qui l’encourageront à poursuivre.
Avez-vous des questions ?
- Est-ce qu’il risque de ne plus
jamais marcher ?
- Qui sait ? Ce n’est pas impossible,
je ne veux pas vous donner de faux espoir, mais il y a de forte chance
que ce ne soit pas le cas. Votre implication sera mise à contribution.
Lors des séances de thérapie, ont vous apprendra les
techniques pour le manipuler sans risque et les exercices qu’il
aura à faire à la maison chaque jour. Il restera ici
quelque temps et nous commencerons le traitement le plus tôt
possible. Je vous remettrai un horaire que vous devrez suivre à la
lettre. Nous comptons sur votre présence. Je dois maintenant
vous quitter. Bon courage madame Divicenzo. Vous pouvez aller voir
votre fils maintenant. S’il y a quoi que se soit, n’hésitez
pas à m’en parler. Au revoir !
Il nous tendit la main et pris congé.
Quand je rentrai chez mes parents après
une courte visite à Justin, je trouvai mon fils allongé sur
le lit qu’il avait occupé lors de notre séjour.
Maman lui avait administré un léger sédatif et
il dormait paisiblement.
Ma mère perçut ma lassitude
et prépara une tisane. Je pus enfin leur raconter toute l’histoire
détaillée, de l’accident au diagnostique. Ils furent
désolés autant pour le gamin que pour Marc Olivier.
- Les conséquences sont lourdes
pour une simple dispute d’enfants. Dit mon père. Marc
Olivier devra apprendre à garder son sang-froid.
- J’espère que la leçon
lui aura servi cette fois. Répliqua ma mère. Même
si c’est un accident, il a eu vraiment peur.
Mes pensées se bousculaient entre
Marc Olivier et Hugo. Les larmes me montèrent aux yeux. La voix
tremblante j’ajoutai :
- Je crois qu’il regrette vraiment
de s’être emporté.
Sur ce, j’entendis du bruit à l’étage.
Mon fils était réveillé. M’excusant auprès
de mes parents, je montai l’escalier rapidement avant qu’il
ne descende. Je voulais le voir seul. À peine avais-je franchi
le seuil de la porte de chambre que Marc Olivier se jeta contre ma
poitrine. Je le serrai dans mes bras et lui caressai les cheveux pour
le calmer. Il n’était qu’un enfant. Comment pourrais-je
lui en vouloir ?
- Comment va-t-il maman ?
Simplifiant les mots pour me mettre à son
niveau et ne pas le traumatiser d’avantage, je lui expliquai
du mieux que je pus l’état de son camarade. Je tentai
de lui faire comprendre aussi qu’il ne gagnerait jamais rien
en usant de la force. J’insistai sur le fait que, malgré tout,
c’était un accident qui ne se serait probablement pas
produit sans la présence de cette branche au sol dans laquelle
Justin s’était pris les pieds.
Il voulut aller voir Hugo sur le champ.
Il tenait à s’excuser personnellement et voulait lui offrir
sa plus belle auto de course qu’il avait reçu cinq jours
plus tôt et qui avait fait l’envie de tous ses copains.
- Comme ça, s’il n’est
plus fâché, ce sera comme si on signait un pacte d’amitié pour
la vie.
- Tu as raison, mais Justin a besoin de
repos. Nous irons demain c’est promis. Nous allons rentrer à la
maison maintenant. Papa va bientôt être là et il
pourrait s’inquiéter.
- D’accord ! Papa sera en colère
quand il va apprendre ce que j’ai fait.
- Ne t’inquiète pas, il va
comprendre.
Du moins je l’espérais. J’avais
moi aussi un peu peur que cette histoire ne réveille en William
ses instincts colériques qu’il avait eu tant de mal à refouler.
Cependant, il n’était pas question de lui dissimuler la
vérité. Lorsqu’il eu connaissance de l’affaire,
William réalisa vraiment que Marc Olivier avait emprunté le
chemin épineux dont lui-même s’était enfin écarté.
Mon mari se montra à la hauteur au-delà de mes espérances.
Il pris son fils dans ses bras et dit :
- Ensemble, nous allons travailler très
fort pour que tu n’ais plus ces colères. Et demain nous
irons tous voir ton copain à l’hôpital. Tu veux
bien ?
- Oh oui, merci papa ! Je t’aime !
- Nous aussi nous t’aimons fiston !
L’inquiétude fit place au
soulagement. Dès lors, j’eus la certitude que William
avait vraiment dépassé le stade critique et que mon fils
reprendrait le droit chemin.
Le lendemain, je laissai Marc Olivier
emballer le cadeau destiné à Hugo. William avait pris
congé pour être près de son fils. Nous savions
que la vue de son camarade sur un lit d’hôpital serait
une épreuve difficile pour lui. Dix minutes avant l’heure
des visites, nous arrivions à l’hôpital. Nadine
y avait passé la nuit.
- Bonjour Miriam ! Je ne t’attendais
pas aujourd’hui.
- Bonjour Nadine ! Je te présente
mon mari, William et notre fils Marc Olivier.
- Heureuse de faire votre connaissance !
- Nous de même ! Répondit
William. Comment va votre fils aujourd’hui ?
- Il ne souffre pas trop. Ce matin, le
docteur Fritz lui a appris pour ses jambes. Hugo s’est montré très
courageux. Je crois qu’il ne réalise pas encore totalement
la gravité de son état. Pour l’instant, les spécialistes
sont avec lui et lui font subir une autre série de tests afin
de planifier un programme de réadaptation.
- Quelle triste histoire! Ajouta William.
Craignant que cette remarque ne perturbe
Nadine, je coupai court.
- J’espère que notre visite
ne t’importune pas trop Nadine. Marc Olivier tenait tant à rendre
visite à Hugo enfin de lui demander pardon et lui remettre un
gage d’amitié par la même occasion.
- Justin doit être très fâché contre
moi !
Marc Olivier avait eu de la difficulté à articuler.
Je regardai mon fils et vit qu’il était pâle, ses
lèvres étaient sèches. Il avait peur. Je demandai à William
d’aller lui chercher un verre d’eau et le fit asseoir.
Nadine s’en aperçu aussi et s’empressa de le rassurer.
- Hugo sera très heureux de ta
visite. Sais-tu qu’il s’est senti coupable de t’avoir
provoqué ? Il se proposait justement de s’excuser.
Tu pourras le voir bientôt s’il n’est pas trop fatigué.
- Alors je pourrai être son ami
comme avant ?
- Bien sûr !
La sonnerie annonçant le début
des visites se fit entendre et les visiteurs désertèrent
la salle d’attente pour envahir les chambres. Nadine entra d’abord
pour s’enquérir de l’état de son fils puis
nous fit entrer.
Les enfants furent si heureux de se revoir
qu’ils en oublièrent les excuses. Impressionné de
voir son copain allongé sur un lit d’hôpital, Marc
Olivier ne savait trop que dire. Il tendit à Hugo le bolide
de course. Celui-ci l’accepta avec joie.
- C’est ton bolide ! Merci !
On reste copain d’accord ?
- Ouais !
- J’pourrai plus marcher.
- T’en fait pas, je vais t’aider.
Ils échangèrent quelques
idées de jeux pour les prochaines vacances. Je fus surprise
du tact dont faisait preuve mon fils. Il ne perdait pas de vu le fait
que Hugo avait maintenant un handicape et proposait des jeux à la
portée de son camarade.
Dix minutes plus tard, Hugo commença à donner
des signes de fatigue. Je décidai qu’il était temps
pour nous de prendre congé et promis au jeune malade de ramener
bientôt avec Marc Olivier le visiter. Avant de sortir, j’invitai
Nadine à la maison lorsqu’elle quitterait le chevet de
son fils. Elle en fut ravie.
- Je ne suis pas très pressée
de me retrouver seule chez moi. J’accepte votre invitation avec
plaisir !
De ce jour, l’amitié qui
lia les deux garçons fut comparable à celle qui nous
liait Nadine et moi. Le matin, dès le départ de Marc
Olivier pour l’école, j’allais prendre Nadine chez
elle et l’accompagnais à l’hôpital.
La rééducation de Hugo était
très difficile comme on pouvait s’y attendre, mais malgré quelques
moments de découragements, Hugo se montrait très courageux.
Nadine participait activement à cette rééducation.
Il était d’une importance capital qu’elle connaisse
tous les exercices indispensables à faire à la maison
pour aider son fils. Bien sûr, un thérapeute se rendrait
régulièrement à domicile afin d’ajuster
ces exercices au fur et à mesure que l’état de
Hugo s’améliorerait.
Chaque jour, depuis que Hugo était
en état d’étudier, Marc Olivier rapportait des
notes et des travaux scolaires pour son ami. J’avais entamé des études
en enseignement au niveau primaire, mais un changement d’orientation
ne m’avait pas permis d’enseigner. Je n’en avais
jamais ressenti aucun regret, mais aujourd’hui, mes connaissances
s’avéraient utiles. J’étais heureuse de permettre à Hugo
de ne pas prendre trop de retard dans ses études.
Après quelques mois, Hugo obtint
son congé de l’hôpital. Pour l’occasion, je
permis à Marc Olivier de nous accompagner Nadine et moi. Tout
fin prêt, Hugo nous attendait les yeux brillants d’excitation.
Le retour s’effectua dans un grand désordre de babillage
et de rires. Nadine et moi étions conscientes des difficultés
qui les attendaient elle et son fils, mais malgré tout, nous étions
tous soulagés de voir Hugo réintégrer son foyer.
Marc Olivier continuait à rapporter
des notes et des travaux pour Hugo. Les examens de fin d’année
approchaient. Je me rendais tous les jours chez Nadine pour aider son
fils dans ses études. Cet enfant était vraiment courageux,
en plus de progresser physiquement, il rattrapait le temps perdu à l’école.
Il serait prêt pour les examens.
Mon fils s’était amendé.
Il devenait attentif et compréhensif aux besoins des gens autour
de lui. Je dirais même que pour son âge, il faisait preuve
de maturités. Les solutions aux problèmes engendrés
par un groupe d’amis ne manquaient pas avec lui.
Le jour des examens, Marc Olivier se fit
un devoir et pris plaisir à accompagner Hugo en classe. Depuis
l’accident, c’était la première fois que
Hugo ce présentait à l’école. Ils furent
vite entourés de camarades et les professeurs durent faire preuve
de patience pour rétablir l’ordre. Les garçons
réussirent leurs examens avec brio et les vacances commencèrent.
William nous surpris lorsqu’il nous
annonça qu’il avait loué un petit chalet pour l’été.
- Mais mon chéri, tu n’as
que trois semaines de vacances !
- J’ai pensé que vous aviez
grand besoin de changement après les épreuves que vous
avez traversé. Tu pourrais y passer l’été avec
Nadine et les garçons. Je vous y rejoindrais les week-end et
pour mes trois semaines de vacances. Vous serez bien là-bas
et les enfants en profiteront pleinement j’en suis persuadé.
Qu’est-ce que tu en dis ?
- Bien sûre, tu vas me manquer lorsque
tu n’y seras pas, mais l’idée est assez alléchante !
Tu es merveilleux et je t’aime ! J’espère que
Nadine acceptera de m’accompagner.
Ce fut l’été le plus
formidable que nous avons vécu. Hugo continua à progresser.
Sa motricité s’améliora de façon spectaculaire.
Depuis ces vacances, l’amitié entre lui et mon fils ne
trouva d’équivalent que celle qui nous liait Nadine et
moi.
Nadine, quoi que timide et méfiante
au début, avait finalement accepté les attentions que
lui prodiguait Cédric, un beau jeune homme qu’elle avait
rencontré sur la plage et qui ne demandait qu’à leur
offrir le bonheur à elle et son fils.
Marc Olivier et William avaient définitivement
dépassé le stade des colères dévastatrices
et l’harmonie s’installa dans nos relations. Le père
et le fils s’entendaient à merveille et s’entraidaient
au besoin afin de maintenir cet équilibre.
Quant à moi, je fus à nouveau
courtisée. En effet, William, soucieux de s’assurer mon
amour éternel, se comporta comme un jeune homme envers sa première
conquête. Je lui avais pardonné ses colères depuis
longtemps, mais il réussi à m’émouvoir lorsqu’il
redemanda ma main à l’occasion de notre dixième
anniversaire de mariage.
Finalement, nous sommes tous ressortis
enrichis des épreuves que nous avons traversées. Plus
mûrs et plus conscients de la fragilité des liens qui
nous unissent, nous mettons un point d’honneur à parfaire
notre bonheur. Celui-ci ne saurait être complet qu’en incluant
le bien-être des gens qui nous entourent.
FIN |